XIX.
Mais, dès les âges les plus reculés aussi, une autre philosophie, la philosophie de la réalité, la véritable expression de l'homme complexe, âme et corps, une philosophie qui est raison et religion tout ensemble, vérité et consolation à la fois, une philosophie dont on retrouve les dogmes et les préceptes dans les premiers monuments littéraires de l'Inde, a réfléchi au lieu de rêver, et a trouvé dans la douleur même les deux seuls remèdes à la douleur: l'acceptation et la sanctification.
Cette philosophie découle des premiers livres sacrés de l'Inde jusque dans la philosophie du christianisme de nos jours. Nous la préférons mille fois à celle de la perfectibilité soi-disant indéfinie. Nous la trouvons aussi plus facile à pratiquer. Elle repose sur cet axiome: «IL EST PLUS AISÉ DE SANCTIFIER LA TERRE QUE DE LA TRANSFORMER.»
Elle ne dit pas à l'homme de sourire quand il sanglote, ou d'espérer quand il désespère. Elle lui dit: «Ta douleur est méritée ou ta douleur est méritoire; accepte-la de la main de Dieu comme une expiation, ou accomplis-la sous les yeux de Dieu comme une épreuve. Ton juge sera ton consolateur, ton éternité compensera ta minute; souffre pour justifier ta race coupable, ou souffre pour conquérir ta propre félicité; et, dans l'une ou l'autre hypothèse, bénis!»