‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 112 sur 216 · XXVIII.

XXVIII.

«Je lisais dans mon lit, le coude appuyé sur l'oreiller, dans cette voluptueuse nonchalance de corps et d'esprit d'un homme indifférent aux bruits d'une maison étrangère, qu'aucun souci n'attend au réveil, et qui peut user les heures de la matinée sans les compter sous le marteau de l'horloge lointaine qui les sonne aux laboureurs. Tout à coup je tombai sur un fragment de trente ou quarante lignes qui étincelèrent à mes yeux comme si ces lignes avaient été écrites, non avec le pinceau du poëte trempé dans l'encre, mais avec la poussière de diamants et avec les couleurs de feu des rayons que le soleil levant étendait sur la page; ce fragment était un éblouissement de l'âme mystique, appelant, cherchant, trouvant, embrassant son Dieu à travers l'intelligence, la vertu, le martyre et la mort, dans l'ineffable élan de la raison, de la poésie, de l'extase. L'accent était profond comme l'infini, les mots transparents comme l'éther limpide, les images parlantes et répercussives de l'objet comme le miroir des mers et des cieux, le sentiment jaillissant comme un flot de l'éternité, émanation de chaleur et de lumière qui s'échappe du soleil sans jamais tarir son foyer, une illumination de l'infini par les girandoles des astres sur l'autel de Dieu.