‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 117 sur 216 · XXXIII.

XXXIII.

Aussi, avant d'entrer dans l'appréciation des oeuvres purement poétiques de l'Inde, laissez-moi vous donner brièvement un avant-goût de sa philosophie et de ses notions morales sur Dieu, sur l'âme, sur l'homme, sur les rapports de l'homme avec Dieu et de l'homme avec l'homme; vous verrez si de telles notions, chantées en vers ou rédigées en dogmes et en codes, sont un indice de cette prétendue barbarie primitive que les philosophes de la perfectibilité indéfinie et continue attribuent à cette enfance du monde.

Je puise cet exemple dans le _Bagavagita_, épisode du poëme sacré du _Mahabarata_, selon MM. _Hastings_ et _Wilkins_, ses premiers traducteurs.

«La scène est un champ de bataille. Un des combattants, le héros _Arjoùn_, à l'aspect de ses parents, de ses amis, de ses compatriotes, qu'il faut frapper dans cette guerre civile, sent défaillir en lui son coeur, et préfère recevoir la mort au malheur de la donner. Le demi-dieu _Krisna_, qui combat à côté d'_Arjoùn_, mais qui combat avec l'impassibilité divine, gourmande le héros de sa faiblesse. Un dialogue sublime, semblable à ceux de Platon, s'établit entre eux pendant que les deux armées opposées se reposent un instant du meurtre.