XXXV.
--«Et à quel signe,» lui demande son élève et son interlocuteur _Arjoùn_, «distinguerai-je cet homme sage et divinisé qui est déjà absorbé, vivant, dans la contemplation des choses immuables? Où demeure-t-il? Comment peut-il vivre et agir encore ici-bas?»
--«Écoute,» répond le maître divin, «celui-là est affermi dans la sainteté et dans la lumière qui balaye son coeur de tout autre désir que la contemplation de Dieu et de soi-même, qui ne se réjouit ou ne s'attriste ni de ce qu'on appelle bien ni de ce qu'on appelle mal terrestre; celui-là est affermi dans la sainteté et dans la vérité qui peut replier en Dieu tous ses désirs, comme la tortue replie à volonté tous ses membres sous son écaille. L'homme affamé ne pense qu'aux aliments qui peuvent rassasier sa faim, mais l'homme sage oublie la faim elle-même, pour se nourrir seulement de son Dieu!
«L'insensé dominé par ses passions ne rêve que dans _la nuit du temps_, où toutes les choses dorment dans les songes; le sage ou _saint_ ne veille que dans le jour de l'éternité, où toutes les choses veillent; et quand il meurt au monde, il est absorbé dans la nature incorporelle de Dieu!
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«Mais ce dépouillement de la forme infirme et mortelle,» poursuit le philosophe divin, «ne peut s'accomplir dans l'inaction. Ce monde plein de travaux a été créé pour d'autres devoirs encore que la contemplation passive de la Divinité. Abandonne donc, ô mon fils, tout motif personnel, et accomplis tes devoirs par le seul amour du bien.»