XII.
Mon père, à qui son goût pour la chasse avait fait découvrir ce site élevé et presque inabordable, s'y rendait souvent après le dîner, d'où l'on sortait alors à deux heures; il y portait avec lui un livre, pour y passer en société d'un grand ou aimable esprit les longues soirées des jours d'été; il m'y conduisait souvent avec lui, quand, vers l'âge de dix à douze ans, le collège me rendait à la famille.
Dès qu'il y était assis, son livre ouvert dans la main, je m'occupais agréablement au pied des créneaux à choisir, parmi les pierres roulées, les plus belles pétrifications marines, ou à tresser des paniers pour mes soeurs, avec ces joncs qui croissent à sec sur les pelouses arides. Bientôt nous entendions, du côté de la montagne opposé à celui que nous avions gravi, des pas lents et mesurés; ces pas faisaient rouler au-dessous de nous les pierres sèches; un autre hôte de la montagne paraissait presque aussitôt après, un livre aussi dans la main; il essuyait son front taché de sueur et de poudre blanche en regardant mon amas de coquillages, et en m'expliquant comment la haute marée des siècles les avait portés jusque-là; puis il allait saluer avec une cordialité un peu cérémonieuse mon père, et il s'asseyait dans la seconde stalle du rocher.