‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 133 sur 216 · X.

X.

Si nous parcourions ainsi successivement tous les phénomènes du monde visible ou du monde social, nous trouverions partout des éléments sans nombre de poésie cachés aux profanes dans toute la nature, comme le feu dans le caillou. Tout est poétique à qui sait voir et sentir. Ce n'est pas la poésie qui manque à l'oeuvre de Dieu, c'est le poëte, c'est-à-dire c'est l'interprète, le traducteur de la création.

Mais que serait-ce si nous parcourions la gamme entière de l'âme humaine depuis l'enfance jusqu'à la caducité, depuis l'ignorance jusqu'à la science, depuis l'indifférence jusqu'à la passion, pour y décerner d'un coup d'oeil ce qui est du domaine de la poésie de ce qui est du domaine de la prose? Nous trouverions partout que c'est l'émotion qui est la mesure de la poésie dans l'homme; que l'amour est plus poétique que l'indifférence; que la douleur est plus poétique que le bonheur; que la piété est plus poétique que l'athéisme; que la vérité est plus poétique que le mensonge; et qu'enfin la vertu, soit que vous la considériez dans l'homme public qui se dévoue à sa patrie, soit que vous la considériez dans l'homme privé qui se dévoue à sa famille, soit que vous la considériez dans l'humble femme qui se fait servante des hospices du pauvre et qui se dévoue à Dieu dans l'être souffrant, vous trouveriez partout, disons-nous, que la vertu est plus poétique que l'égoïsme ou le vice, parce que la vertu est au fond la plus forte comme la plus divine des émotions.