‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 143 sur 216 · XX.

XX.

«La poésie mystique de l'Inde,» nous écrit un de ces savants orientalistes qui a percé un des premiers pour l'Allemagne et pour la France les ténèbres de la langue sanscrite (le baron d'Eckstein), «la poésie mystique a pour texte habituel l'amour passionné et extatique de l'âme pour son créateur. Cet amour, le plus éthéré et le plus saint que l'homme puisse sentir, s'y exprime par les images sensuelles du _Cantique des cantiques_, mais avec une candeur d'expression que l'_hébreu_ lui-même n'atteint pas. On y sent la nudité innocente de l'homme et de la femme dans la pureté sans tache et sans ombre d'un autre Éden.» Nos moeurs, qui ne comportent plus cette naïveté de l'âme pour qui tout est sain, m'interdisent de reproduire ici ces extases de la littérature sacrée de l'Inde.

La littérature morale de l'Inde se compose, selon le même critique, de formules et de maximes qui, sous une forme brève et sentencieuse, renferment les préceptes moraux les plus épurés. Jamais la conscience du genre humain n'écrivit avec plus d'autorité et d'évidence ces lois inspirées de Dieu, qui sont le code inné de l'être créé pour vivre de justice, de dévouement et de vertu en société.

«C'est la sagesse biblique des patriarches conçue dans une forme brève, et exprimée dans un rhythme grave par une image frappante et simple qui s'imprime comme l'empreinte d'un cachet dans la mémoire. Cette poésie morale de l'Inde,» ajoute le critique, «aurait pour nous quelque chose d'analogue aux _Pensées_ de Pascal: une grande expérience de la vie se manifeste dans ces résumés de la sagesse de l'Inde; cette sagesse a quelquefois des sourires de vieillard sur les lèvres; elle n'a jamais d'ironie.»