‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 183 sur 216 · XXI.

XXI.

Le troisième acte s'ouvre par une scène courte, où l'on voit les amies de Sacountala cueillir des simples et composer des breuvages pour calmer la fièvre de Sacountala, malade, on ne sait de quel mal secret, dans sa cellule.

La seconde scène est une longue et poétique complainte amoureuse du héros, qui déplore la maladie de celle qu'il aime et la force indomptable de son penchant pour elle. La poésie, dans cette scène, a la majesté du paysage et les images de la passion.

En exprimant dans toute sa physionomie la tristesse, Douchmanta soupire: «Sans doute je connais toute la rigueur que lui impose la vie religieuse; je sais qu'elle est entièrement soumise à la volonté de Canoua; et cependant, semblable à un fleuve qui ne peut remonter vers sa source, rien ne peut détourner mon coeur du penchant où il est entraîné. Ah! je le vois, le feu de Siva en courroux couve encore dans mon sein, semblable à ce foyer mystérieux qui brûle dans la profondeur des mers: pourrais-tu sans cela, réduit comme tu le fus en un monceau de cendres, allumer de tels feux dans nos coeurs? Elle vient de passer dans ces lieux! Je le vois à ces fleurs jetées çà et là, et dont les frais calices, quoique détachés de la tige maternelle, conservent encore tout leur éclat; par ces jeunes branches dont la séve laiteuse qui en découle trahit une blessure récente. Quel air vivifiant on respire en ce lieu! Avec quelle volupté tout mon corps, consumé par la fièvre ardente, est caressé par ce doux zéphyr chargé des émanations parfumées du lotus, et des gouttes légères d'une rosée rafraîchissante qu'il vient de dérober en se jouant sur les vagues à peine sensibles du Malini!»

(Regardant autour de lui.) «Ô bonheur! c'est là, sous ce berceau formé des rameaux entrelacés de vitasas en fleurs, que repose Sacountala!

«Oui, je distingue à merveille, sur le sable fin dont est couvert le petit sentier qui y aboutit, la trace récente de ses pas, de ce pied charmant qui s'y est moulé dans toute sa perfection.

«Regardons à travers les branches.» (Il écarte le feuillage, et s'écrie, transporté:)

«Je l'aperçois, ce charme de mes yeux! La voilà négligemment assise avec ses compagnes sur une couche de fleurs! De mon heureuse retraite je vais jouir de leur conversation, pleine du plus charmant abandon!»