XV.
Le compagnon de Rama lui indique sa route en termes aussi poétiques.
«Notre route est de ce côté... Voici le superbe Crontchavat: sur les coteaux obscurs de ses flancs couverts de bois, croasse le corbeau et gémit le hibou; dans ses cavernes sonores siffle le vent aigu. Des paons innombrables, avec des cris discords, dans les débris des arbres que le temps abat et détruit, poursuivent les serpents effrayés. Au loin, vers le midi, se prolonge la magnifique chaîne de montagnes dont les pics élevés sont couverts d'un diadème de nuages; de leurs flancs vers le milieu s'élancent les sources du fleuve, avec un bruit terrible que grossissent les cavernes; à leur pied, la rivière sacrée réunit en un seul et large courant ces ruisseaux impétueux, qui, en mugissant, se rencontrent pour se confondre.» (Ils disparaissent tous les deux sous les arbres.)
Une des femmes qui habitent ces solitudes retrace ainsi à une autre femme ermite la situation d'esprit de l'infortuné Rama:
«Rama, depuis longtemps, porte dans son coeur le deuil de son épouse, quoiqu'un calme extérieur déguise son chagrin. La langueur de son corps annonce la douleur qui déchire son sein. Malheur à celui qui aime à nourrir une affliction secrète! son âme succombe promptement.»