‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 28 sur 216 · XXVIII.

XXVIII.

Cette chambre ressemblait, dans son désordre et dans son chaos, à un écroulement subit de bibliothèque dont les rayons auraient fléchi sous le poids des volumes. On eut dit qu'une avalanche de livres épars, les uns ouverts, les autres fermés, tous couverts de poussière, de brins de paille, de poils de chèvre, de plumes d'hirondelles, avait couvert le plancher. Il y en avait jusqu'à la hauteur des genoux. Un étroit sentier tortueux, tracé évidemment par les pieds du solitaire à travers ces volumes, conduisait au fond de l'appartement, vers la partie la plus éclairée par le volet en grillage des pigeons. Là, un matelas, recouvert de couvertures étendues irrégulièrement aussi sur une litière mal aplanie de volumes, servait de lit à M. de Valmont; des livres amoncelés en forme de traversin lui servaient à relever sa tête comme un oreiller; d'autres volumes marquaient la place des pieds par un bourrelet de livres qui encadraient cette couche. Sa main, à son réveil, en s'étendant au hasard, à droite ou à gauche, ne pouvait tomber que sur des livres. C'était l'homme intellectuel couché sur ses oeuvres: une litière de pensées humaines sous l'animal pensant!