‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 30 sur 216 · XXX.

XXX.

Il continua à me parler ainsi de cette société morte, en m'en faisant apprécier l'inestimable supériorité sur la société des vivants, jusqu'au moment où les rayons du soleil du soir, qui se retiraient un à un par les ouvertures du volet grillé, laissèrent ce cimetière intellectuel dans une silencieuse obscurité. Je ne répéterai pas son long discours, bien qu'il soit aussi présent à mon souvenir que le timbre un peu caverneux de sa voix l'est encore à mes oreilles. Puis, me reconduisant sur la galerie et sur le seuil du jardin: «Allez, mon enfant, me dit-il, et dites, si on vous interroge, tout le mystère que vous avez vu!»

Cette scène fit une impression magique sur ma jeune imagination. J'entrevis de ce moment-là tout ce qu'il devait y avoir de vie dans cette mort apparente de livres couchés dans la poussière, et tout ce qu'il devait y avoir d'entretien dans ce silence. Il fallait que cela fût ainsi pour qu'un solitaire qui avait traversé les foules et les bruits du monde pût se trouver plus heureux dans la société de ces morts que dans la société des vivants. La littérature, dans son acception la plus vaste, apparut tout à coup à mon esprit. Je vous la ferais apparaître du même aspect si les limites de cet entretien me permettaient de reproduire ici le sublime discours de M. de Valmont. L'impression littéraire était produite pour jamais en moi; il suffit.