XXXVIII.
Quant à moi, je serais mort déjà mille fois de la mort de Caton, si j'étais de la religion de Caton; mais je n'en suis pas; j'adore Dieu dans ses desseins; je crois que la mort patiente du dernier des mendiants sur sa paille est plus sublime que la mort impatiente de Caton sur le tronçon de son épée! Mourir, c'est fuir! On ne fuit pas.
Caton se révolte, le mendiant obéit; obéir à Dieu, voilà la vrai gloire!
D'ailleurs, une réflexion juste m'a toujours paru condamner ces morts d'ostentation ou d'impatience. Cette réflexion, la voici: Ou la vie est un don, ou elle est un supplice. Si elle est un don, il faut la savourer jusqu'à la fin comme un bienfait quelquefois amer, mais enfin comme un bienfait, et si elle est un supplice, il faut la subir comme une mystérieuse et méritoire expiation de nos fautes.
Je vis donc, mais, comme vous le voyez, je ne vis pas sur des roses; je défie Caton lui-même d'avoir plus que moi la satiété du temps. Je compte une à une, en les sentant toutes, mais sans en maudire aucune, les pierres de ma propre lapidation. Je n'accuse pas les hommes; non, c'est injustice ou sottise. J'ai trouvé les hommes bons et le sort cruel; voilà le vrai.