‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 44 sur 216 · V.

V.

Or, du jour où la parole donnée par Dieu fut écrite par l'homme, l'homme, comme être sociable, expressif et perfectible, fut achevé.

«Examinons, disions-nous encore, ce que c'est que l'homme; oublions que nous sommes nous-même une de ces misérables et sublimes créatures appelées de ce triste et beau nom dans la création universelle; échappons, par un élan prodigieusement élastique de notre âme immatérielle et infinie, à ce petit réseau de matière organisée de chair, d'os, de muscles, de nerfs, dans lequel cette âme est mystérieusement emprisonnée; supposons que nous sommes une pure et toute-puissante intelligence capable d'embrasser et de comprendre l'univers, et demandons-nous: Qu'est-ce que l'homme?»

L'homme est une petite pincée de poussière organisée, poussière empruntée pour quelques jours à ce petit globule de matière flottante dans l'espace, appelé par nous la terre. Qu'est-ce que cette terre? On n'en sait rien: peut-être une éclaboussure ignée de lave refroidie, lancée avec une impulsion rotatoire par quelque éruption d'un volcan céleste; peut-être un grain de poussière éthérée soulevé dans sa course par le vent de quelque astre démesuré de grandeur; peut-être un atome de fumée émané tout noir et tout calciné de quelque foyer de soleil? Peu importe. Cependant l'incalculable petitesse et la prodigieuse insignifiance numérique de cet atome, comparé à l'immensité de l'espace et au nombre des mondes qui le peuplent, devrait donner quelque mépris aux hommes et aux peuples qui s'acharnent à s'en disputer des surfaces inaperçues, ou à se créer sur ce néant d'espace et de temps ce qu'ils appellent des mémoires éternelles.

L'homme considéré comme être corporel n'est donc rien sur une planète qui est elle-même moins que rien. Mais l'homme considéré comme ce qu'il est, c'est-à-dire comme être à deux natures, comme point de jonction entre la matière et l'esprit, entre le néant et la Divinité, change à l'instant d'aspect. L'homme atome noyé dans un rayon perdu de soleil, et qui se confondait par son imperceptibilité avec le néant, se confond tout à coup par sa grandeur avec la Divinité!