‹ Cours familier de Littérature - Volume 01Chapitre 94 sur 216 · X.

X.

Mais si la nature donne, par tous ses phénomènes constants, un démenti évident à la théorie de la perfectibilité indéfinie de l'humanité sur la terre, l'histoire ne dément pas moins, à toutes ses pages, cette hallucination de notre orgueil.

Quel témoignage vivant l'histoire nous donne-t-elle donc de cette permanence et de cet accroissement indéfini de lumière, de vertu, de civilisation, de félicité sur la terre, dans les races qui nous ont précédés ici-bas? Où est la perfectibilité visible dans ces races qui ont pullulé en tribus, en nations, en dominations sur ce globe, depuis les temps historiques? Quelle est donc la race qui n'ait pas suivi le cours régulier de naissance, de croissance, de décadence et de mort, conditions de ces collections d'hommes comme de l'homme lui-même, soumis à ces quatre phénomènes de la vie, naître, croître, vieillir et mourir? Ce globe n'est partout qu'un ossuaire de civilisations ensevelies. L'histoire, qui est le registre de naissance et de mort de ces civilisations, nous les montre partout naissant, croissant, dépérissant, mourant avec les dieux, les cultes, les lois, les moeurs, les langues, les empires qu'elles ont fondés pour un moment ici ou là dans leur passage sur ce globe. Pas une, pas une seule n'a échappé jusqu'ici à cette vicissitude organique de l'humanité. Le temps ne s'est arrêté pour personne. On a dit: le cours du temps, parce qu'il apporte et emporte incessamment les choses mortelles.