XV.
Nous le disions il y a quelques jours: «Cette philosophie récente de la perfectibilité indéfinie de l'humanité ici-bas est donc une bulle d'air colorée aux regards de l'enfant qui l'insuffle de son haleine. Cela ne résiste ni au raisonnement, ni à l'expérience, ni à l'histoire, ni à la nature. C'est le paradoxe de la douleur, de la misère et de la mort; c'est le défi à toute réalité. Il faut n'avoir lu sérieusement ni une page des annales des siècles, ni une page de son propre coeur, pour se complaire à ce songe doré de vieux enfants. La première ruine d'empire dont la terre est semée le confond, le premier tombeau rencontré sous les pieds le dissipe, la première déception de coeur ou d'esprit le fait fondre en larmes.
«La douleur est la seule vérité irréfutable d'ici-bas. Il n'y a aucune métaphore à dire ce qu'ont dit nos pères et ce que diront nos enfants: _Globe pétri de cendre et de larmes_. Quelle couche, pour rêver le perfectionnement et le bien-être indéfinis, que cette couche où nous ne sommes retournés que par la douleur en attendant la mort?... Je n'ai jamais compris qu'il y eût des hommes assez doués de l'obstination des chimères pour croire au progrès indéfini et au bonheur absolu sur une pareille claie qui les traîne à la voirie de leur néant. Heureux hommes, ils auront vécu, ils seront morts encore endormis!»