III
D'un autre côté, cette jeunesse éternelle de l'esprit humain, renouvelée de génération en génération et de race en race, l'empêche de tomber dans ce découragement de lui-même et dans ce dénigrement de son temps, qui est une erreur aussi commune mais moins noble que le rêve du progrès continu, illimité et indéfini sur la terre. Celui qui a fait le jour et la nuit pour le globe terrestre a fait aussi le jour et la nuit pour l'esprit humain. Il y a eu un commencement de l'humanité; M. Pelletan et ses amis le confessent. Le monde a-t-il commencé par un jour? a-t-il commencé par une nuit? Nous croyons qu'il a commencé par une aurore. Ces philosophes croient qu'il a commencé par les ténèbres. Question insoluble et puérile!..... L'esprit humain a-t-il commencé par l'imbécillité et la barbarie? a-t-il commencé par l'intelligence? Nous croyons, sans l'affirmer, qu'il a commencé par l'intelligence. Question de goût, d'imagination et de préférence!... Mais l'esprit humain a-t-il marché sans discontinuité, sans décadence, sans vicissitude, sans chute et rechute, sans éclipse, de progrès illimités en progrès illimités, jusqu'à son progrès suprême, sa divinisation sur la terre?... Question de nature, d'histoire, d'évidence, que la nature, l'histoire, l'évidence, résolvent malheureusement par l'écroulement perpétuel et par la renaissance perpétuelle de toutes les choses humaines, et qu'elles résolvent contre ce beau rêve de ces philosophes de l'ascension continue. L'échelle de Jacob était un beau rêve aussi, mais on n'y montait qu'endormi; et de plus, à l'échelle de Jacob, il manquait malheureusement un échelon: c'est celui qui montait du fini à l'infini. Heureux les hommes qui croient l'avoir retrouvé! Quant à nous, nous restons tristement au pied de l'échelle, bien convaincu qu'elle porte à faux, et que son sommet n'est qu'un vertige.