‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 116 sur 195 · XXII

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Ce fut dans la même année qu'une personne qui m'était bien chère me présenta dans son salon à M. de Bonald. J'avais adressé à cet écrivain, sur la foi de cette amie, une ode de complaisance. Je ne l'avais pas lu, mais je savais qu'il était l'honnête et éloquent apôtre d'une espèce de théocratie sublime et nuageuse qui serait la poésie de la politique, si Dieu daignait nommer ses vice-rois et ses ministres sur la terre.

Cette doctrine, tout orientale et toute biblique, fascinait alors ma jeune imagination. Elle était sincère chez M. de Bonald, homme honnête, pieux, convaincu, qui ne cherchait à tromper personne. Il employait un grand esprit et un bon style du dix-septième siècle à se peindre lui-même dans ses propres sophismes. Je fus frappé et attiré par sa noble figure de gentilhomme de campagne qui me rappelait celle de mon père. Il m'accueillit comme un jeune homme dont on espère bien, mais qu'on ne cherche ni à flatter ni à éblouir. Je l'aimai et je l'estimai jusqu'à sa mort. Il y avait de la simplicité dans son génie, et de la divinité au moins dans son système.