‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 13 sur 195 · XV

XV

Ici, permettez-moi une digression involontaire, mais que l'occasion amène sans que je l'aie cherchée sous ma plume.

On me dit quelquefois, avec un reproche que je trouve plus mal informé qu'injuste: TU ES ILLE VIR! _Tu étais cet homme!_ ou plutôt, «Pourquoi, en 1848, n'as-tu pas su être cet homme?»

Pour comprendre pourquoi je n'ai pas été cet homme, il faudrait être au fond de mes pensées les plus intimes à cette époque, et connaître en même temps les mystères de la situation vraiment étrange où la France elle-même était haletante pendant la révolution soudaine, imprévue et cernée de périls du commencement de la république. Je vais, en peu de mots, vous introduire au fond de mes pensées les plus secrètes, comme au fond de la situation qu'une révolution si soudaine faisait à la France, dont je dirigeais la politique extérieure. Vous jugerez après si j'étais dans les conditions voulues pour soulever, garantir et médiatiser l'Italie, à moi tout seul. L'Italie elle-même saura si elle doit me condamner ou m'absoudre. Je confesserai tout pour moi et contre moi. Les réticences sont des mensonges en histoire. Qui ne sait pas tout ne sait rien. Je vais tout dire.