‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 167 sur 195 · V

V

Rien de ces vêtements, dont notre globe est vert, N'y revêt sous ses pas la lèpre du désert; De ses flancs décharnés la nudité sans germe Laisse les os du globe en percer l'épiderme; Et l'homme, sur ce sol d'où l'oiseau même a fui, Y charge l'animal d'y mendier pour lui! Plier avant le jour la tente solitaire, Rassembler le troupeau qui lèche à nu la terre; Autour du puits creusé par l'errante tribu Faire boire l'esclave où la jument a bu; Aux flancs de l'animal, qui s'agenouille et brame, Suspendre à poids égaux les enfants et la femme; Voguer jusqu'à la nuit sur ces vagues sans bords, En laissant le coursier brouter à jeun son mors; Boire à la fin du jour, pour toute nourriture, Le lait que la chamelle à votre soif mesure, Ou des fruits du dattier ronger les maigres os; Recommencer sans fin des haltes sans repos Pour épargner la source où la lèvre s'étanche; Partir et repartir jusqu'à la barbe blanche... Dans des milliers de jours, à tous vos jours pareils, Ne mesurer le temps qu'au nombre des soleils; Puis de ses os blanchis, sur l'herbe des savanes, Tracer après sa mort la route aux caravanes... Voilà l'homme!... Et cet homme a ses félicités! Ah! c'est que le désert est vide des cités; C'est qu'en voguant au large, au gré des solitudes, On y respire un air vierge des multitudes! C'est que l'esprit y plane indépendant du lieu; C'est que l'homme est plus homme et Dieu même plus Dieu.

Moi-même, de mon âme y déposant la rouille, Je sens que j'y grandis de ce que j'y dépouille, Et que mon esprit, libre et clair comme les cieux, Y prend la solitude et la grandeur des lieux!