XI
Et Dieu lui-même, par la voix d'Élihu et par la voix intérieure de Job (on ne discerne pas bien ici l'intention du poëte), Dieu adresse à Job cette foudroyante interpellation, ce défi divin d'égaler ou de comprendre ses oeuvres, interpellation qui est l'hymne le plus sublime que la Toute-Puissance puisse s'adresser à elle-même!
Job, atterré et anéanti par cette énumération lyrique des oeuvres de Dieu, cesse toute vaine discussion avec lui-même ou avec l'éloquence vivante de la création parlant en oeuvres sous ses yeux.
«C'en est fait! dit-il; jusqu'à présent je n'avais entendu ta voix que par les oreilles, maintenant mes yeux te voient _par tes oeuvres_!
«C'est pourquoi je me repens, et je vais expier dans la poussière et dans la cendre ce que j'ai dit.
«Je te vois dans tes ouvrages: je me repens et j'expie.» Voilà toute la philosophie de Job, et, selon nous, toute la philosophie humaine.
La conclusion de ce chant sublime se résume ainsi, non en vain cliquetis de strophes, mais en sagesse et en sainteté. Le spectateur de ce drame humain-divin ne sort pas ému seulement, il sort converti et transformé, le dernier but de toute oeuvre d'art! Si l'art n'est pas le prophète de Dieu, qu'est il donc? le comédien de l'homme?