‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 194 sur 195 · XX

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Dans cette condition, non acceptée, mais forcée, que l'existence ténébreuse et misérable fait à l'homme, dans cette vie de supplice ou d'épreuve, l'homme n'a le choix qu'entre deux philosophies:

La philosophie de la révolte, comme celle du Satan biblique ou de Job au commencement de son dialogue avec Dieu: c'est le crime et la démence de la volonté de l'homme substituée à celle de Dieu.

Ou la philosophie de la résignation, de la foi, de l'acceptation, du repentir et de l'immortelle certitude.--_Scio quod Redemptor meus vivit._--Je sais qu'il y a une justice et une réhabilitation dans le ciel! C'est la philosophie de la raison, car Dieu, comme dit _Élihu_ à Job, est plus grand que nous; c'est la philosophie de la nécessité, car Dieu, comme ses oeuvres le disent à Job, est plus fort que nous; c'est la philosophie de la sainteté, car, comme dit l'Évangile, c'est la conformité de la misérable, fragile et perverse volonté de l'homme à la volonté parfaite, sainte et divine de Dieu; c'est la divinisation de la volonté humaine, car notre volonté devient Dieu en s'assimilant contre elle-même à Dieu!

Toute autre philosophie ne sert qu'à verser un poison de plus dans ce calice humain déjà si amer et si salé de nos larmes.

Je comprends, comme Job, que l'âme, irritée et indignée au commencement de son supplice, sans savoir pourquoi elle l'a mérité, appelle son Créateur en jugement devant l'éternelle équité révoltée en elle, et qu'elle lui dise: «Maudit soit la nuit où un homme a été conçu.»

Le blasphème contre l'existence est un péché, mais c'est le plus noble des péchés, car c'est le plus courageux et le plus fier; c'est le cri du supplicié interpellant et défiant son bourreau dans le supplice; c'est le péché des braves, et non des lâches: il a sa grandeur au moins dans sa folie. Hélas! hélas! qui de nous ne l'a commis mille fois dans la vie, s'il a ces fibres fortes et sensibles auxquelles les tortures de la vie et de la mort font rendre des gémissements et des hurlements qui vont du suicide du corps jusqu'au blasphème, ce suicide de l'âme? Quant à moi, j'avoue avec honte et douleur que c'est le crime qui m'a le plus tenté dans ma vie; mais je dis depuis longtemps comme Job: J'ai péché et je _me repens_. Ce sont les deux mots de tout ce qui vit, de tout ce qui pense et de tout ce qui pèche ici-bas.

L'homme n'a qu'une véritable gloire: s'humilier! L'humilité est le plus beau mot de Job et le plus saint mot de l'Évangile. Celui qui a inventé ce prosternement intérieur de l'âme a inventé le seul rapport de l'âme à Dieu.