XXII
Telle était ma pensée sur l'Italie. Je sais qu'elle paraîtra une offense aux Italiens, qui professaient à contre-temps une unité sans lien, et une émancipation sans émancipateurs. Il ne s'agissait pas de flatter l'Italie, mais de la sauver. Je ne l'ai pas flattée, je ne l'ai pas provoquée aux soulèvements intempestifs de 1848; j'en atteste ses ambassadeurs et ses patriotes de cette époque! Qu'ils disent si je n'ai pas plutôt fait mes efforts loyaux pour détourner le roi Charles-Albert de son agression, où je pressentais sa perte? Qu'ils se souviennent de mon mot trop significatif à la tribune; TOUTES LES CANTATES NE SONT PAS DES MARSEILLAISES! Je dis avec la même sincérité aujourd'hui ma pensée à ce grand peuple: mûr pour l'indépendance, mûr pour la liberté, mûr pour l'éloquence, mûr pour le génie, il ne l'est pas pour les armes. La liberté lui mettait ces armes dans la main, mais il lui fallait un peuple soldat et vétéran de gloire comme la France pour lui en apprendre l'usage. On improvise la liberté, on n'improvise pas les armées qui la défendent. Or il faut des armées autour du berceau d'une liberté qui vient de naître. Que l'avenir me démente si j'ai tort, mais que les patriotes sérieux de l'Italie ne m'accusent pas! Ma pensée de prudence et de temporisation pour eux était plus italienne que celle de Charles-Albert; elle est la même encore aujourd'hui, mais pour d'autres causes.