‹ Cours familier de Littérature - Volume 02Chapitre 81 sur 195 · XII

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Ainsi la philosophie, ce résumé des littératures et ce suc des langues, disséminait la langue française dans tout l'univers lettré. Cette langue était acceptée partout comme celle de ce qu'on appelait l'idée; elle l'était également comme la langue de la diplomatie à cause de sa clarté qui se refuse à l'amphibologie et à l'équivoque. L'Europe faisait ses traités et ses affaires en français, comme autrefois elle les avait faits en latin. Le français était devenu une monnaie courante et une médaille monumentale qui avait, d'un consentement commun, cours dans tout l'univers. Le véhicule des idées générales était créé et il s'appelait la littérature française. En peut-on douter quand on lit la correspondance de l'impératrice Catherine II de Russie avec Voltaire, Diderot, d'Alembert? quand on voit le vaste empire de Moscovie abandonner sa filiation littéraire slave et grecque, et adopter le français pour sa langue aristocratique, en laissant au vulgaire sa langue russe plus riche et plus harmonieuse cependant? En peut-on douter, surtout quand on voit le grand Frédéric, ce Denys héroïque et pédantesque de la Prusse, rougir de sa belle langue natale, écrire, parler, rimer, causer, correspondre en français avec l'Aristote de la France, et n'employer l'allemand qu'avec ses casernes?