XXVII
M. Ozanam cite ici l'interprétation philosophique et symbolique de _la Divine Comédie_ par le fils du Dante lui-même, si peu de temps après la mort de son père, et à un moment où la tragédie paternelle devait retentir encore dans l'oreille du fils. Voici cette interprétation filiale; tout donne lieu de croire qu'elle est la vérité sur cette étrange composition.
«L'oeuvre entière se divise en trois parties, dont la première se nomme Enfer, la seconde Purgatoire, la troisième et dernière Paradis. J'en expliquerai d'avance et d'une façon générale le caractère allégorique en disant que le dessein principal de l'auteur est démontrer, sous des couleurs figuratives, les trois manières d'être de la race humaine. «Dans la première partie il considère le vice, qu'il appelle Enfer, pour faire comprendre que le vice est opposé à la vertu comme son contraire, de même que le lieu déterminé pour le châtiment se nomme Enfer à cause de sa profondeur, opposée à la hauteur du ciel. La deuxième partie a pour sujet le passage du vice à la vertu, qu'il nomme Purgatoire, pour montrer la transmutation de l'âme qui se purge de ses fautes dans le temps, car le temps est le milieu dans lequel toute transmutation s'opère. La troisième et dernière partie est celle où il envisage les hommes parfaits; et il l'appelle Paradis, pour exprimer la hauteur de leurs vertus et la grandeur de leur félicité, deux conditions hors desquelles on ne saurait reconnaître le souverain bien. C'est ainsi que l'auteur procède dans les trois parties du poëme, marchant toujours, à travers les figures dont il s'environne, vers la fin qu'il s'est proposée.»