‹ Cours familier de Littérature - Volume 03Chapitre 124 sur 137 · X

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Quinze jours avant sa fin, il écrivit encore des vers pleins des souvenirs de son amoureuse jeunesse. Il la faisait revivre cette jeunesse entre la mort et lui pour se retenir encore à la vie par les perspectives en arrière du bonheur passé.

Saint-Évremond avait naturalisé la légèreté et la grâce françaises en Angleterre. Il lui avait appris à badiner et à sourire; la littérature anglaise lui doit quelque chose de cette qualité de style qu'on appelle en anglais _humour_; cette qualité du style ou de la conversation, qui n'a pas de nom en français, pourrait s'appeler l'étonnement. C'est quelque chose de neuf dans l'idée, de contrastant dans l'esprit, d'heureux dans l'expression, d'inespéré dans le mot, qui tient au caractère plus encore qu'au génie de l'écrivain. Ce don de l'esprit appartient plus généralement aux amateurs de littérature qu'aux auteurs de profession, parce qu'il est inséparable d'une certaine légèreté; les hommes du monde possèdent plus souvent cette légèreté que les hommes d'études, parce que la conversation rend la phrase légère et que la plume rend quelquefois la main lourde.

L'Angleterre reconnaissante du plaisir qu'elle avait eu de la conversation de Saint-Évremond, réclama sa cendre et l'ensevelit avec honneur parmi ses rois, ses orateurs, ses hommes illustres, dans l'abbaye de Westminster. Quoiqu'il eût vécu presque autant qu'un siècle, il n'y avait eu rien de sérieux dans sa longue vie, que son honneur et son amour pour la belle Hortense Mancini, duchesse de Mazarin.