XIX
Cependant Alfred de Musset paraît avoir rencontré plus tard (hélas, trop tard!) une de ces créatures au-dessus de tout pinceau, fût-ce celui de Raphaël pour la Fornarina; elle semblait digne d'exhausser le génie d'un jeune poëte jusqu'à la hauteur idéale et sereine où l'amour des _Béatrice_, des _Laure_ et des _Léonore_ avait transfiguré le Tasse, le Dante et Pétrarque.
Cette femme aurait suffi pour les transfigurer tous les trois. C'était la musique, ou plutôt c'était la poésie sous figure de femme. On l'appelait sur la terre la _Malibran_; on l'appelle sans doute au ciel la sainte Cécile du dix-neuvième siècle.
Quelques vers tristes, et pour ainsi dire rétrospectifs, d'Alfred de Musset, écrits sur le tombeau de cette incarnation de la mélodie quinze jours après sa mort, semblent révéler dans le poëte un regret qui recèle presque un amour. «Que reste-t-il de toi aujourd'hui, dit le poëte, de toi morte hier, de toi, pauvre Marie! Au fond d'une chapelle il nous reste une croix!»
Une croix et l'oubli, la nuit et le silence! Écoutez! c'est le vent, c'est l'océan immense, C'est un pêcheur qui chante au bord du grand chemin, Et de tant de beauté, de gloire, d'espérance, De tant d'accords si doux, d'un instrument divin, Pas un faible soupir, pas un écho lointain!
N'était-ce pas hier, qu'à la fleur de ton âge, Tu traversais l'Europe, une lyre à la main, Dans la mer, en riant, te jetant à la nage, Chantant la tarentelle au ciel napolitain, Coeur d'ange et de lion, libre oiseau de passage, Naïve enfant ce soir, sainte artiste demain?
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Hélas! Marietta, tu nous restais encore; Lorsque sur le sillon l'oiseau chante l'aurore, Le laboureur s'arrête, et, le front en sueur, Aspire dans l'air pur un souffle de bonheur: Ainsi nous consolait ta voix fraîche et sonore, Et tes chants dans les airs emportaient la douleur!
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Meurs donc: la mort est douce et ta tâche est remplie! Ce que l'homme ici-bas appelle le génie, C'est le besoin d'aimer, hors de là tout est vain. Et puisque tôt ou tard l'amour humain s'oublie, Il est d'une grande âme et d'un heureux destin D'expirer comme toi pour un amour divin!