XIII
Les Bourbons étaient rentrés récemment en France après un long exil, et par la brèche de nos désastres militaires. Ils n'avaient point ouvert cette brèche; ils venaient au contraire pour la fermer et pour la réparer; mais l'esprit d'un peuple vaincu et humilié est injuste envers ceux qui prennent la rude tâche de le relever de ses ruines. Il attribue injustement ses malheurs au gouvernement qui en porte le premier le poids. Il n'y a point de justice à espérer d'une nation qui a été dix ans ivre de gloire, et qui vient, par un retour nécessaire des choses humaines, d'être abattue sous le poids des revers et des humiliations.
Tel était alors l'état de la France. Les Bourbons étaient dans ce moment son seul salut, mais ce salut même lui rappelait qu'elle avait besoin d'être sauvée; elle les subissait en grondant, comme le malade subit le remède.
Les Bourbons, de leur côté, se rendaient parfaitement compte de cette impopularité de contre-coup qui leur faisait porter la responsabilité de Moscou, de Waterloo, du 20 mars et des deux invasions de la France. Ils ne pouvaient pas offrir à leur patrie un second Bonaparte pour illustrer ses armées détruites par vingt victoires ou pour renverser par toute l'Europe les trônes légitimes que leur retour venait au contraire de relever ou de raffermir. Les gloires modestes et les humbles félicités de la paix étaient les seuls prestiges qu'ils pussent opposer au prestige qui rayonnait de Marengo, d'Austerlitz et de Sainte-Hélène. Il fallait, de ce peuple militaire, refaire à contre-coeur un peuple civil. La liberté parlementaire, qui ennoblit l'obéissance, les industries, qui honorent et multiplient le travail, la légalité, les arts, les lettres, la religion, toutes ces puissances morales étaient leur seul moyen de gouvernement. Il fallait confondre leur nom avec tous ces bienfaits et toutes ces gloires de la paix qui attachent un peuple à ses princes par le bien-être, et qui lui font oublier, dans la sérénité d'un règne pacifique, les éblouissements d'une dictature de héros.