IV
Ô famille! ô mystère! ô coeur de la nature! Où l'amour dilaté dans toute créature Se resserre en foyer pour couver des berceaux, Goutte de sang puisée à l'artère du monde Qui court de coeur en coeur toujours chaude et féconde, Et qui se ramifie en éternels ruisseaux!
Chaleur du sein de mère où Dieu nous fit éclore, Qui du duvet natal nous enveloppe encore Quand le vent d'hiver siffle à la place des lits, Arrière-goût du lait dont la femme nous sèvre, Qui même en tarissant nous embaume la lèvre, Étreinte de deux bras par l'amour amollis!
Premier rayon du ciel vu dans des yeux de femmes, Premier foyer d'une âme où s'allument nos âmes, Premiers bruits de baisers au coeur retentissants! Adieux, retours, départs pour de lointaines rives, Mémoire qui revient pendant les nuits pensives À ce foyer des coeurs, univers des absents!
· · ·
Ah! que tout fils dise anathème À l'insensé qui vous blasphème! Rêveur du groupe universel, Qu'il embrasse, au lieu de sa mère, Sa froide et stoïque chimère Qui n'a ni coeur, ni lait, ni sel!
Du foyer proscrit volontaire, Qu'il cherche en vain sur cette terre Un père au visage attendri; Que tout foyer lui soit de glace, Et qu'il change à jamais de place Sans qu'aucun lieu lui jette un cri!
Envieux du champ de famille, Que, pareil au frelon qui pille L'humble ruche adossée au mur, Il maudisse la loi divine Qui donne un sol à la racine Pour multiplier le fruit mûr!
Que sur l'herbe des cimetières Il foule, indifférent, les pierres Sans savoir laquelle prier! Qu'il réponde au nom qui le nomme Sans savoir s'il est né d'un homme Ou s'il est fils d'un meurtrier!...