‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 103 sur 194 · XX

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Cette amitié devint plus étroite et ces visites plus fréquentes à mesure que les circonstances politiques devinrent plus menaçantes pour le gouvernement de Louis-Philippe, et que les crises, dont ce gouvernement et la France étaient agités par l'ambition des orateurs et des écrivains dont ce gouvernement était l'ouvrage, se rapprochèrent davantage d'un tragique et inévitable dénoûment.

On a vu que la royauté de 1830 était à son origine aussi antipathique à mon coeur qu'à ma raison; à tort ou à droit, je ne croyais ni à son titre, ni à son utilité, ni à sa durée; mais puisque la France, qui a tous les droits, l'avait adoptée, et puisque le pire des gouvernements est d'être sans gouvernement, je ne conspirais pas contre cette royauté; je la subissais en bon citoyen qui ne veut pas, pour des préférences ou pour des répugnances, précipiter son pays dans l'anarchie et l'Europe dans une mer de sang. Le roi m'avait fait appeler déjà deux fois pour vaincre ma résistance et pour me séduire. Il avait employé, avec l'habileté qui lui était naturelle, tout ce qui peut toucher le coeur, convaincre l'esprit, flatter l'amour-propre, griser l'ambition; tout, jusqu'aux confidences les plus abandonnées, jusqu'aux prières, et, le croira-t-on? jusqu'aux larmes de situation, en pressant mes deux mains dans les siennes.

J'étais resté respectueux, ému, mais inébranlable.

«Je ne juge pas votre conduite en 1830, lui avais-je répondu: votre conscience est votre seul juge. Vous pouvez avoir cru que votre royauté était nécessaire pour sauver votre patrie; mais il n'y a que vous en France qui ayez le droit de vous croire nécessaire; quant à nous, simples et obscurs citoyens, ces sacrifices de nous-mêmes et ces sacrifices de notre famille ne nous sont jamais commandés. Nous pouvons donc rester fidèles à nos sentiments et à nos convictions sans nuire au pays; mes sentiments et mes convictions sont également opposés à ce qui a été fait par votre parti et accepté par vous en juillet 1830. Je ne puis donc à aucun prix me rallier à votre gouvernement autrement qu'en votant et en parlant à la Chambre dans l'intérêt impartial de mon pays. C'est le rôle ingrat que j'y ai pris et que je suis résolu à y tenir. Vous m'avez touché par votre éloquence; vous seriez un orateur très-éminent et très-persuasif dans les conseils de votre pays, si vous n'étiez pas son roi; mais vous ne m'avez pas convaincu. Je vous admire comme homme et je vous plains comme roi. Restons chacun ce que nous sommes: vous sur ce trône auquel vous vous êtes condamné; moi dans l'obscurité, mon seul apanage et mon seul devoir. Je n'attaquerai pas votre gouvernement; je pourrai même avoir à le défendre comme volontaire de l'ordre, mais je ne m'y rallierai jamais par un intérêt.»

Ceci fut dit dans les formes indirectes et respectueuses commandées par l'usage à un simple député parlant à un roi.