XI
Le reste du poëme de _l'Enfer_ ne contient pas d'autres beautés de composition de ce genre; mais il éclate toujours en beautés et en horreurs alternatives de style.
Ici ce sont des damnés dans l'enfer du froid, dont les larmes se glacent en coulant des yeux; là des âmes déjà torturées dans l'enfer pendant que les corps de ceux qui portent leur apparence et leurs noms sur la terre continuent à y vivre; ailleurs le roi des démons broyant trois damnés à la fois dans ses mâchoires: ces trois damnés sont _Judas_, _Brutus_ et _Cassius_. La partialité de Dante pour le césar d'Allemagne explique le supplice des meurtriers du césar romain. Puis Virgile et Dante remontent de l'abîme, en se servant, en guise d'échelle, _des poils du corps de Lucifer_, précipité du ciel la tête en bas!
«Nous montâmes ainsi, moi le premier, lui le second, jusqu'à une ouverture ronde par où nous aperçûmes les belles choses qu'enveloppe le ciel!»
Ainsi finit, par une grotesque ascension plus digne de _Gulliver_ que de Virgile, le poëme de _l'Enfer_ du Dante; poëme dont les conceptions sont au-dessous des _Mille et une Nuits_ arabes, mais dont le style (aux cynismes près) est la plus robuste nudité de poésie qui ait jamais manifesté la force des muscles intellectuels sur les membres d'un Hercule de la pensée!
Passons aux deux autres poèmes de _la Divine Comédie_.