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Cependant, ainsi que nous le disions tout à l'heure, le malheur aigrit le coeur, et le coeur aigri fausse l'esprit. C'est ce qui arriva à la France après les désastres de 1814 et de 1815: elle pleurait des larmes de sang. Il lui en coûtait de rentrer dans ses limites territoriales, après avoir tant débordé sur le monde. Ce peuple, à qui on avait donné, depuis l'Empire, des ambitions vastes comme l'univers, trouvait la France bien petite pour sa taille de géant de la guerre; et encore cette France si petite était occupée et rançonnée par les garnisaires de la Russie, de la Prusse, de l'Autriche, de l'Angleterre! On ne se résigne pas à la servitude chez soi, bien qu'on ait porté soi-même son omnipotence chez les autres; de plus, la gloire humiliée se venge par la colère et par la menace. On demande une revanche, un autre coup de dé au dieu des armées; on reproche Moscou, Leipsick, Waterloo à Louis XVIII, et l'on dit dans son délire à ce malheureux gouvernement: «C'est toi qui m'as blessé! C'est toi qui m'enchaînes dans les fers forgés par mes vainqueurs! C'est toi qui m'empêches de lever mes armées de 1792, d'Austerlitz, d'Iéna, de Wagram, et de reconquérir toutes ces capitales!» Et l'on oublie que toutes ces armées de morts héroïques sont couchées au nombre de quinze cent mille cadavres dans les neiges de la Russie, dans les flots de la Bérézina, dans les sillons de l'Espagne, dans les champs de bataille d'Austerlitz, d'Iéna, de Wagram, de Leipsick, de Waterloo! hélas! couchées, où ni la diane, ni le tambour, ni les refrains du Tyrtée de la France ne les réveilleront de leur sommeil!