‹ Cours familier de Littérature - Volume 04Chapitre 76 sur 194 · XXIX

XXIX

Il a laissé dire et il a fait entendre lui-même qu'il ne savait pas le latin, cette langue mère de la littérature occidentale. C'est possible; mais cela ne serait pas une raison d'impuissance dans un homme né pour penser par lui-même et pour écrire dans la langue usuelle de son pays. Il y a si longtemps qu'on parle, qu'on écrit et qu'on traduit le latin dans notre Occident, que l'esprit de l'éloquence, de l'histoire, de la poésie latine, a été tout entier transvasé dans les langues de l'Europe. Qu'importe le mot, quand la latinité de l'idée a passé dans les moeurs et dans le style? J. J. Rousseau lui-même ne savait guère le latin quand il commença à écrire, et cette ignorance l'empêcha-t-elle de se faire le plus pénétrant, le plus harmonieux et le plus éloquent des styles?

Nous avons peine à croire cependant à la complète sincérité de cette ignorance de la langue d'Horace dans le poëte des chansons politiques. Le tour de ces chansons est, selon nous, trop essentiellement latin, sous sa prétention gauloise, pour n'y pas reconnaître à chaque construction de couplet des réminiscences savantes, et trop savantes peut-être, de latinité. Si ces chansons ont un défaut pour les classes mercenaires auxquelles elles sont dédiées, c'est précisément la construction un peu laborieuse, un peu antique et un peu obscure de la phrase. Il y a trop de _Tacite_, dans ce prétendu ménétrier des tavernes de la Gaule, pour croire qu'il n'ait pas fréquenté dans son enfance les historiens, les satiristes et les politiques de Rome.