‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 125 sur 138 · IX

IX

Mais pour que le drame fût complet, il fallait qu'il fût retouché, transfiguré, idéalisé et pour ainsi dire sanctifié par une âme pure aussi pleine de divinité que l'âme de d'Aponte était pleine de souillure. C'est le sort que le dieu de l'art réservait à ce chef-d'oeuvre poétique et musical, écrit par un impie, noté par un saint. C'est l'immortel caractère de ce monument musical: on y sent à la fois bouillonner le vice, prier l'innocence, défier le ciel, foudroyer le crime, éclater la justice divine, rayonner l'immortalité rémunératrice à travers les fausses joies et les faux triomphes d'un scélérat de plaisir.

Et c'est ainsi qu'un vrai critique découvrirait presque toujours dans le poëte, dans le musicien, dans le peintre, dans le poëte, les véritables sources de l'oeuvre de ces grands artistes. L'oeuvre, c'est toujours l'homme: creusez bien, vous trouverez toujours une réalité sous une fiction.