III
Au reste, ce n'est pas la première fois qu'une coalition d'inimitiés littéraires ou politiques ressasse ces griefs, et qu'elle me reproche tantôt mon opulence, tantôt ma médiocrité; j'y suis accoutumé, je pourrais dire, j'y suis bronzé. Lorsque, après la révolution de 1830, que j'avais vue avec douleur, je voulus entrer dans les assemblées publiques pour y défendre à la tribune, selon mes forces, non cette révolution, mais la liberté, un poëte fameux alors, tombé depuis, relevé aujourd'hui par sa noble résipiscence, écrivit contre moi une satire sous le titre de _Némésis_. Il m'y reprochait aussi mes prétendus trésors; il y refusait, lui poëte, à un poëte son droit de citoyen! Je lui répondis en vers avec indignation, mais sans injures. Nous sommes devenus bienveillants l'un pour l'autre depuis. Peut-être vivrai-je assez pour que les écrivains qui m'insultent aujourd'hui en prose regrettent un jour leur injuste inimitié. Je ne la leur rendrai jamais; en fait de haine je veux mourir insolvable.