XXVII
Achille, revêtu de ses armes, reparaît au camp des Grecs. Agamemnon se décide à lui rendre Briséis. «La belle Briséis, semblable à la belle Vénus, aperçoit, en sortant de la tente d'Agamemnon, le corps du bon Patrocle, son protecteur dans le temps qu'elle appartenait à Achille; elle meurtrit son sein, elle ensanglante son cou délicat, son doux visage; elle s'écrie en pleurant: Ô Patrocle! toi l'ami le plus cher d'une malheureuse, je te laissai plein de vie quand je quittai les tentes d'Achille, et maintenant que j'y retourne je te retrouve sans vie, ô pasteur des peuples! Non, je ne cesserai point de pleurer ta mort, toi qui fus toujours doux envers moi!» Homère, dans ce passage, pleure comme il chante, aussi incomparable de naturel dans l'élégie que dans la bataille.
Achille devient femme lui-même pour pleurer son compagnon et son ami; puis il revêt son bouclier, «d'où rejaillit une lueur semblable à la lune. Ainsi sur la haute mer apparaît de loin aux matelots la flamme d'un feu allumé sur les montagnes.» Sa harangue à ses coursiers est une preuve de plus de l'intelligence presque humaine que les hommes primitifs attribuaient à ces nobles animaux.
Le plus apprivoisé de ces coursiers, _Xante_, répond à son maître par un mouvement de tête qui répand sa crinière, en signe de deuil, sur le collier, sur le joug et jusqu'à terre. Xante prédit à son maître une mort prochaine. «Xante, réplique Achille, pourquoi me prédire la mort? Cela ne te sied pas, à toi! Je sais que ma destinée est de périr ici, loin de ma mère et de mon père!» Il dit, et, poussant un cri terrible, il lance ses généreux coursiers au combat.