‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 57 sur 138 · XIII

XIII

Le père parla de cette ouverture à sa fille en riant, comme d'un badinage qui ne méritait pas même réflexion, et auquel les garçons et les filles du château avaient sans doute encouragé le pauvre enfant pour se moquer de la candeur du fils de la veuve; mais la Jumelle, au lieu de rire avec son père, avait rougi sans rien répondre; elle s'était retirée seule dans la grange où sa mère la surprit, pleurant sans savoir de quoi.

Le père parut avoir changé d'idée. Dans la soirée il dit, en secouant la tête, comme un homme qui se ravise, qu'au fond le petit Didier, quoique un peu trop bon garçon, avait toute son estime comme excellent ouvrier; qu'il faisait au besoin l'ouvrage de tout le monde; qu'il était trop grand pour rester à jamais toucheur; que la Jumelle ne pouvait épouser un enfant qui piquait encore les boeufs au labour comme une fille, mais que, si sa condition se relevait un peu au château avec ses gages, et que, si par exemple on le faisait garçon de charrue en titre avec cent vingt francs par an, deux paires de sabots, une paire de souliers et six chemises de toile de chanvre, on pourrait penser à sa proposition, l'autoriser à courtiser la Jumelle, et que, toute belle et toute recherchée qu'elle était, sa fille pourrait rencontrer pis que le fils de la veuve.

La Jumelle, à ces mots, se leva de table en s'essuyant les yeux avec un coin de son tablier. Elle s'en alla, comme le matin, pleurer seule dans la grange; mais cette fois c'étaient des larmes de joie.