‹ Cours familier de Littérature - Volume 05Chapitre 76 sur 138 · IV

IV

Parlons d'abord de sa harpe, symbole sans doute, mais instrument réel aussi de son inspiration.

«À cette époque, dit le philosophe allemand Herder dans sa belle Histoire de la Poésie des Hébreux, à cette époque de l'âge du monde, la poésie et la musique étaient étroitement unies; les poëtes et les musiciens n'étaient presque toujours qu'une même personne. _Asoph_ et _Hémon_ prophétisaient, c'est-à-dire poétisaient en faisant résonner les cordes de leur harpe. Élysée fit venir un joueur d'instrument pour qu'il éveillât en lui le don de prophétie ou l'inspiration. La puissance poétique s'accroît quand elle est soutenue par la musique.»

Moïse avait donné à ce don de prophétie ou d'inspiration une immense autorité, en faisant de son peuple, gouverné par Dieu même, une république théocratique dont la tribu de Lévi avait exclusivement le sacerdoce, organe alors de la souveraineté divine.

«Ce gouvernement d'une république fédérative par une théocratie sacrée et centrale, continue le philosophe allemand, était le plus idéal des gouvernements. Quant à moi, j'avoue que je souhaiterais pour tous une telle Constitution, car elle seule réalise ce que tous les hommes désirent, ce que tous les politiques sages ont cherché à leur donner, ce que Moïse seul sut concevoir et exécuter, c'est-à-dire une organisation sociale qui fait comprendre au peuple que c'est «la loi, et non l'homme, qui règne, que la nation doit librement accepter ce gouvernement divin de la raison et de la loi, et l'exercer sans tyrannie, que nous n'avons pas été créés pour être enchaînés et contraints comme des esclaves, mais pour être guidés et conseillés par une puissance invisible, sage et providentielle.»

Telle était la Constitution théocratique de Moïse. La loi régnait seule; fondée sur la volonté de Dieu, et soutenue par la voix unanime du peuple, elle avait son trône dans le temple national. Ce temple était la tente du Dieu du pays. Il appartenait aux douze tribus qui, en s'y réunissant pour recevoir ses oracles, ne formaient qu'une seule famille, la famille de Jéhova! Les affaires publiques s'y traitaient par la décision des _Juges_ et par les exhortations des prophètes.