XXVI
Le seul caractère de ce lyrisme dans toutes les nations, et surtout dans les nations jeunes, que leur jeunesse même enivre de poésie, est précisément ce délire, ce balbutiement confus des lèvres de cette femme et des hymnes du berger de Judée. Ils répandent leur âme l'une en larmes, l'autre en cantiques; on les croit dans l'ivresse, et ils ne sont ivres que de leurs pensées, de leurs pleurs, de leur Dieu.
On sent tout de suite qu'à une pareille poésie il n'y a d'autres règles que l'inspiration, le délire et le génie; le plus grand poëte lyrique sera précisément celui qui sera possédé de plus d'ivresse. Si cette ivresse est simulée et profane, il sera _Pindare_; si cette ivresse est sincère et sacrée, il sera David.