‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 10 sur 180 · X

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Cependant l'amour n'éteignait pas le patriotisme italien dans le coeur du jeune poëte florentin transporté chez les barbares. Une épître politique toute vibrante du sentiment romain des _Tite-Live_ et des _Tacite_ proteste éloquemment contre l'invasion en Italie des Français et des Allemands, commandés par le roi de Bohême. Les Français y sont traités comme des esclaves révoltés qui viennent saccager et avilir le domaine de leurs maîtres.

Vers le même temps, les rigueurs de Laure et la jalousie de son jeune époux, qui commençait à s'offenser du bruit de ce poétique amour, forcèrent Pétrarque à voyager. Il visita rapidement Paris, la Flandre, Cologne et Lyon; en revenant à Avignon, il trouva son ami Jacques Colonna parti et Laure aussi cruelle. Un grand goût de solitude le saisit; il alla plus fréquemment chercher le silence sans trouver l'oubli dans la vallée alors presque sauvage de Vaucluse. Un de ses plus beaux sonnets, _Solo et pensoso_, exprime plus mélancoliquement qu'on ne le fit jamais cette consonnance de la tristesse de son âme avec la tristesse des lieux.

«Solitaire et pensif, les lieux les plus déserts je vais mesurant à pas lourds et lents, et je promène attentivement mes regards autour de moi pour éviter la trace de tout être humain sur le sable; je n'ai pas de plus grande crainte que de rencontrer des personnes qui me connaissent, parce que, sous la fausse sérénité de mon visage et de mes paroles, on peut découvrir trop facilement du dehors la flamme intérieure qui me consume; en sorte qu'il me semble désormais que les montagnes, les plaines, les rives des fleuves, les fleuves eux-mêmes et les forêts savent ce qui s'agite dans mon âme, fermée aux regards des hommes. Mais, hélas! il n'est ni sentiers si escarpés, ni retraites si sauvages que l'amour ne m'y suive, conversant avec mon âme et mon âme avec lui!»