‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 103 sur 180 · VII

VII

Dépouillez-vous un moment de tout préjugé de patrie, de lieu, de race et de temps, et demandez-vous dans le silence de votre âme:

1º Quel est le plus instinctif et le plus naturel des gouvernements à la naissance des sociétés? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement paternel.

2º Quel est le plus noble et le plus progressif des gouvernements? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement de l'intelligence, c'est-à-dire celui qui donne la supériorité aux plus capables.

3º Quel est le plus juste des gouvernements? Vous vous répondrez: C'est le gouvernement unanime, c'est-à-dire celui qui gouverne au profit du peuple tout entier, qui ne fait point acception de classes, de castes, de privilégiés de la naissance ou du sang, mais qui ne reconnaît dans tous les citoyens que le privilége mobile et accessible à tous de l'éducation, du talent, de la vertu, des services rendus ou à rendre à la communauté.

4º Quel est le gouvernement le plus moral? Vous vous répondrez: C'est celui qui puise toutes ses lois dans le code de la conscience, ce code muet écrit en instincts dans notre âme par Dieu.

5º Quel est le gouvernement le plus propre à développer en lui et dans le peuple, la raison publique? Vous vous répondrez: C'est celui qui, au lieu de porter des décrets brefs, absolus, non motivés et souvent inintelligibles pour les sujets obligés de les exécuter, raisonne, discute, motive longuement et éloquemment, dans des préambules admirables, chacun de ses décrets, en fait sentir le motif, la nécessité, la justice, l'urgence, en un mot les fait comprendre afin de les faire ratifier par la raison publique.

6º Quel est le gouvernement le plus capable d'élever la plus grande masse d'hommes possible à la plus grande masse de lumière possible? Vous vous répondrez: C'est celui qui ne permet à aucun homme de rester une brute, qui base tous les droits des citoyens sur une éducation préalable et qui flétrit l'ignorance volontaire comme un crime envers l'Être suprême, car Dieu nous a donné l'intelligence pour la cultiver.

7º Quel est le gouvernement le plus lettré? Vous vous répondrez: C'est celui qui fait de la culture des lettres la condition de toute fonction publique dans l'État, et qui d'examen en examen extrait de la jeunesse ou de l'âge mûr et même de la vieillesse, les disciples les plus consommés en sagesse, en science, en lettres humaines, pour les élever de grade en grade dans la hiérarchie des dignités ou des magistratures de l'État.

8º Quel est le plus religieux des gouvernements? Vous vous répondrez: C'est celui qui, après avoir donné par une éducation universelle, philosophique, historique et morale, à l'homme les moyens de penser par lui-même, respecte ensuite dans cet homme la liberté de se choisir le culte qui lui paraîtra le plus conforme à sa raison individuelle; c'est le gouvernement qui laissera libre l'exercice des différents cultes dans l'État, sauf les cultes qui attenteraient à l'État lui-même dans sa sûreté politique, dans sa police ou dans ses moeurs.

9º Enfin quel est le gouvernement présumé légitimement le plus parfait et le plus conforme à la nature humaine civilisée et civilisable? Vous vous répondrez: C'est celui qui a réuni la plus grande multitude d'hommes sous les mêmes lois et sous la même administration, qui les a fait multiplier davantage en nombre, en agriculture, en arts, en industrie, qui a émoussé le plus chez eux l'instinct sauvage et brutal de la guerre, et qui enfin a fait subsister le plus longtemps en société et en nation un peuple de quatre cent millions de sujets et de quarante siècles!

Je pourrais poursuivre indéfiniment cette définition par demande et par réponse de la nature du meilleur gouvernement; je vous interrogerais pendant un siècle que vous me répondriez toujours comme j'ai répondu ici pour vous, parce que ces réponses sont de bonne foi, de bon sens et de conscience.