‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 107 sur 180 · XI

XI

Et comme si le mystère de l'origine d'un si grand peuple ne suffisait pas pour nous confondre, le mystère d'un livre qui paraît aussi ancien que la race elle-même s'y surajoute. Les premiers chefs et les premiers sages chinois, pendant qu'ils sont occupés à faire écouler les eaux de leur déluge des basses terres de leur empire, apparaissent dès le premier jour des livres à la main.

Ces livres, ce sont les _Kings_, livres sacrés, espèce de Védas de l'Inde, triple recueil religieux, législatif, littéraire, poétique même; il contient les dogmes, les rites, les lois, les chants d'un peuple anéanti et renaissant.

Ici l'esprit s'abîme dans le doute en présence de ces livres mystérieux, préservés peut-être des eaux sur quelque cime ou sur quelque arche flottante pour renouer le nouveau peuple chinois au vieux peuple de ses ancêtres submergés. Quoi? un livre? une langue faite, parfaite et immuable? ce chef-d'oeuvre du temps seul? une morale écrite? une politique raisonnée? des rites institués? des maximes, cette lente filtration de la sagesse des peuples à travers les âges? une littérature consommée? une poésie rhythmée avec un art où l'esprit et l'oreille combinent le sens et la musique dans un accord merveilleux? et tout cela déjà conçu, écrit, noté, compris, chanté au moment où un peuple en apparence neuf, ou sorti des marais du déluge, se répand pour la première fois sur la terre?