‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 109 sur 180 · XIII

XIII

S'élevant ensuite à la hauteur d'une critique supérieure aux ignorances et aux préjugés de secte, le savant disciple des jésuites parle des _Kings_, de leur antiquité, de leur authenticité, de leur caractère en ces termes:

«De bons missionnaires qui avaient apporté en Chine plus d'imagination que de discernement, plus de vertu que de critique, décidaient sans façon que les _Kings_ étaient des livres, sinon antérieurs au déluge, du moins de peu de temps après; que ces livres n'avaient aucun rapport avec l'histoire de la Chine, qu'il fallait les entendre dans un sens purement mystique et figuré. Le pas était glissant pour un homme que le zèle dévore, et qui arrive d'Europe avec le préjugé général que le soleil éclaire l'Occident seul de tout son disque, et ne laisse tomber sur le reste de l'univers que le rebut de ses rayons. Le moyen de s'imaginer que des sauvages de l'Orient, tels que les Chinois, eussent écrit des annales, composé des poésies, approfondi la morale et la religion avant que les Grecs, maîtres et docteurs de l'Europe moderne, eussent seulement appris à lire! Comment se persuader que, tant de siècles avant Alexandre, ces barbares de l'extrême Orient eussent pris dans leurs livres un ton si sublime de vérité, de noblesse, d'éloquence, de majesté de pensées, dont on ne trouve que des lueurs dans les chefs-d'oeuvre de Rome, et qui mettent ces livres (les _Kings_) au premier rang après nos livres saints pour la religion, la morale, la plus haute philosophie?»