‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 111 sur 180 · XV

XV

Nous ne mentionnons ici ces livres sacrés et mystérieux de la Chine anté-historique que pour remonter à la source presque fabuleuse de cette littérature politique de la plus vieille et de la plus nombreuse société humaine de l'Orient. Pour bien juger la littérature politique d'un peuple, ce n'est pas à la renaissance, c'est à la pleine maturité de ce peuple qu'il faut l'étudier; c'est donc dans les écrits littéraires et philosophiques du plus grand littérateur, du plus grand philosophe et du plus grand politique de la Chine que nous allons retrouver ces livres sacrés commentés, réformés et élucidés sous sa main.

Ce lettré, ce philosophe, ce politique, c'est Confucius (Konfutzée en chinois). Confucius est l'incarnation de la Chine. Génie universel, en qui se résument toute la littérature antique, toute la littérature moderne, toute la religion, toute la raison, toute la philosophie, toute la législation, toute la politique d'un passé sans date et de trois cent millions d'hommes; cet homme fut à la fois, par une merveilleuse accumulation de dons naturels, de vertu, d'éloquence, de science et de bonne fortune, l'Aristote, le Lycurgue, le ministre, le pontife, et presque le demi-dieu d'un quart de l'humanité. Confucius résume en lui seul la raison d'un hémisphère.

Les admirables travaux du père Amyot sur la vie, les lois, les oeuvres de cet homme unique entre tous les hommes, sont contenus à peine dans un volume. Ce volume est à lui seul une bibliothèque. Connaissons donc le philosophe, nous connaîtrons mieux la philosophie.