XXIII
Aussi Confucius devint-il promptement l'oracle vivant de tous les royaumes confédérés de la Chine visités par lui et par ses disciples. Et cela simplement parce qu'il était l'homme de plus de bon sens qu'il y eût dans l'empire et dans le siècle, la raison vivante et enseignante. Il n'éprouva non plus ni persécution ni rivalité, ni exil, ni martyre, et cela aussi par une raison toute simple, c'est qu'il n'annonçait aucune nouveauté de nature à troubler le monde et à substituer un culte à un autre, une politique à une autre, une société à une autre société, mais qu'il rappelait au contraire les peuples aux anciennes institutions et aux anciennes obéissances. Ni les prêtres, ni les princes, ni les peuples n'avaient intérêt à étouffer sa voix dans son sang. Sa morale pouvait bien contrarier quelques vices des cours ou quelques désordres des multitudes, mais ces vices nuisaient à tous et l'opinion publique s'unissait en immense majorité à son philosophe pour les réformer ou pour les flétrir. C'était un conservateur et non un novateur.
Sa mission fut donc partout une mission de paix. Qu'objecter à un homme qui vous dit: Je ne suis qu'un homme, je ne vous annonce que ce que vous savez, et je ne vous conseille que ce que votre conscience vous conseille plus divinement et plus éloquemment que moi?
C'est pendant cette longue mission toute philosophique que Confucius prêcha et rédigea ce code d'histoire, de politique et de morale qui fit de son oeuvre le livre sacré de son temps.
Il n'affecta point un excès de mépris pour les richesses quand elles lui furent libéralement offertes par plusieurs des rois dont il visita les provinces. Il conserva son modique patrimoine, gage de son indépendance et héritage de son fils; il vivait selon la condition à la fois digne et modeste dans laquelle il était né; il refusa le don qu'on voulait lui faire de villes ou de provinces en propriété. Comme ses disciples s'en étonnaient: «Maître, lui dirent-ils, ce refus opiniâtre de votre part n'aurait-il pas sa source dans l'orgueil?
«Vous ne me connaissez point, leur répondit Confucius, si vous croyez que c'est par dédain que je ne veux pas accepter le bienfait dont le roi de Tsi veut m'honorer; et le roi de Tsi me connaît moins encore s'il s'imagine que je suis venu dans ses États et auprès de sa personne en vue de quelque intérêt temporel qui me soit propre.