XII
Pétrarque partit enfin pour Rome au moment où Laure, touchée de sa constance, cherchait à le retenir à son tour par quelques innocentes prévenances, comme si elle eût été attristée de perdre son esclave; mais déjà Pétrarque lui-même avait cherché, dans une liaison moins platonique, une diversion à la passion qui le dévorait.
Embarqué à Marseille, il débarqua à Civita-Vecchia. La guerre civile désolait la campagne de Rome; l'accès en était fermé par les bandes armées de la famille des Ursins, ennemie des Colonne. Pétrarque se réfugia au château fort de Capranica, chez le comte d'Anguillara, qui avait épousé une des filles d'Étienne Colonna. Il décrit ce séjour de paix au milieu de la guerre dans une de ses lettres.
Étienne Colonna, sénateur de Rome, c'est-à-dire dictateur en l'absence des papes, vint le chercher avec une forte escorte de cavalerie, l'emmena à Rome, et le logea près de lui au Capitole. Ce séjour fut charmant, mais court; l'image de Laure, un moment oubliée, le rappelait comme à son insu à Avignon; il y revint; en la retrouvant, il retrouva son délire. «Je désirais la mort,» écrit-il; «j'étais tenté de me la donner; je redoutais de rencontrer Laure comme le pilote craint l'écueil; je me sentais défaillir quand j'apercevais cette chevelure dorée, ce collier de perles sur un cou plus éclatant que la neige, ces épaules dégagées, ces yeux dont la nuit même de la mort ne pouvait éteindre le rayonnement; l'ombre seule de Laure me donnait en passant un frisson; le son de sa voix ébranlait tous mes sens!»