III
Nous avons laissé ce sage, cet inspiré de la raison, à la fin de notre dernier entretien, ressentant, et ne cachant pas qu'il les ressentait, les pressentiments de sa fin et les angoisses de la mort. Simple et de bonne foi dans sa mort comme il l'avait été dans sa vie, il n'affectait pas cette stoïcité théâtrale ni ces félicités anticipées des hommes qui se prétendent au-dessus de la nature et de la douleur. Il savait qu'aucun homme n'est au-dessus de la nature et que la raison elle-même veut qu'on s'attriste et qu'on gémisse quand on s'approche du dernier mystère et qu'on est près d'entrer dans le grand inconnu d'une autre vie. La mort est le supplice de l'être vivant: se faire de ce supplice un devoir, c'est beau et grand; mais se faire de ce supplice une joie, ce n'est pas se grandir, c'est mentir. Se résigner et espérer, voilà les deux seules attitudes vraies du mourant. Ce fut celle de Confucius.