‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 153 sur 180 · X

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La peinture moderne, née avec le christianisme oriental, suivit dans ses développements la religion nouvelle, qui se répandait dans le monde autour du bassin de la Méditerranée; grossière, puérile, monotone, quelquefois naïve, toujours inhabile pendant ces longs siècles de l'ère chrétienne, bien en arrière de la musique, qui psalmodiait déjà le _plain-chant_ dans ses mystères, bien en arrière de l'architecture qui construisait déjà des monastères et des cathédrales. Ces architectes convoquaient le peuple sous des forêts ou sous des feuillages de pierre; leurs masses s'élevaient de terre vers le ciel comme des montagnes de marbre pour y faire descendre un Dieu. La peinture ne faisait qu'imprimer sur ces murailles des dessins sans perspective, plats comme ces murailles elles-mêmes; elle ne savait qu'éblouir les yeux de la foule par des éclaboussures de couleurs violentes à travers les vitraux peints des ogives des temples; elle restait dans l'enfance.

On peut dire qu'elle ne devint véritablement digne du nom d'art que quand le christianisme, parvenu lui-même à son âge de virilité, de puissance morale et de conquête universelle, régna à Rome sur l'univers. La peinture est réellement fille aînée de la papauté.

Mais elle n'entra en possession de tout son génie, de toute sa popularité, de toute sa gloire, qu'à l'époque où cette papauté elle-même, devenue puissance politique en Italie, régna avec toutes les pompes du trône universel des intelligences sur la catholicité, et, chose remarquable, la naissance de la peinture moderne à Rome coïncida avec la renaissance des lettres, de la philosophie et de la mythologie grecques à la cour des papes. La réaction de quatorze siècles contre tout ce qui rappelait le paganisme ayant enfin cessé, on commença à se retourner par une réaction contraire vers la philosophie, l'éloquence, la poésie, les arts d'Athènes, et à y chercher de l'émulation et des modèles. Platon fut revendiqué comme un précurseur de saint Paul, Homère comme un écho de Moïse, Socrate comme un martyr du christianisme latent et éternel sous les erreurs du polythéisme; l'Église, rassurée désormais sur le danger de sensualiser la doctrine, appela hardiment tous les arts antiques à l'ornement et au prestige du culte nouveau. La famille véritablement athénienne des _Médicis_ de Florence monta dans la personne de Léon X sur le trône pontifical. Le christianisme eut avec les Médicis et Léon X son siècle de Périclès; ce fut l'apogée de l'architecture moderne avec _Bramante_, de la sculpture avec Michel-Ange, de la peinture avec Raphaël et avec son école. L'art entra dans le ciel chrétien avec eux; il se répandit par eux et après eux à Bologne avec les Carrache et les Guide, à Parme avec le Corrége, à Venise avec Titien, à Milan avec Léonard de Vinci; de là en Espagne avec les Vélasquez et les Murillo; d'Espagne en Flandre et en Hollande avec l'école des Rubens, des paysagistes et des peintres de marines.

La peinture, dans chacune de ces villes ou de ces nations, prit non-seulement le caractère du chef d'école, mais elle prit le caractère de l'école et du peuple où elle fut cultivée par ces grands hommes du pinceau:

Titanesque avec Michel-Ange, plus païen que chrétien dans ses oeuvres, et qui semble avoir fait poser des Titans devant lui;

Tantôt mythologique, tantôt biblique, tantôt évangélique, toujours divine avec Raphaël, selon qu'il fait poser devant sa palette des Psychés, des saintes familles, des philosophes de l'école d'Athènes, le Dieu-homme se transfigurant dans les rayons de sa divinité devant ses disciples, des Vierges-mères adorant d'un double amour le Dieu de l'avenir dans l'enfant allaité par leur chaste sein;

Païenne avec les Carrache, décorateurs indifférents de l'Olympe ou du Paradis;

Pastorale et simple avec le Corrége, qui peint, dans les anges, l'enfance divinisée, et dont le pinceau a la mollesse et la grâce des bucoliques virgiliennes;

Souveraine et orientale avec Titien, qui règne à Venise pendant une vie de quatre-vingt-quinze ans sur la peinture comme sur son empire, roi de la couleur qu'il fond et nuance sur sa toile comme le soleil la fond et la nuance sur toute la nature;

Pensive et philosophique à Milan avec Léonard de Vinci, qui fait de la Cène de Jésus-Christ et de ses disciples un festin de Socrate discourant avec Platon des choses éternelles; quelquefois voluptueux, mais avec le déboire et l'amertume de la coupe d'ivresse, comme dans _Joconde_, cette figure tant de fois répétée par lui du plaisir cuisant;

Monacale et mystique avec Vélasquez et Murillo en Espagne, faisant leurs tableaux, à l'image de leur pays, avec des chevaliers et des moines sur la terre et des houris célestes dans leur paradis chrétien;

Éblouissante avec _Rubens_, moins peintre que décorateur sublime, Michel-Ange flamand, romancier historique qui fait de l'histoire avec de la fable, et qui descend de l'Empyrée des dieux à la cour des princes et de la cour des princes au Calvaire de la descente de croix, avec la souplesse et l'indifférence d'un génie exubérant, mais universel;

Profonde et sobre avec Van-Dyck, qui peint la pensée à travers les traits;

Familière avec les mille peintres d'intérieur, ou de paysage, ou de marine, hollandais; artistes bourgeois qui, pour une bourgeoisie riche et sédentaire, font de l'art un mobilier de la méditation;

Enfin mobile et capricieuse en France, comme le génie divers et fantastique de cette nation du mouvement:

Pieuse avec _Lesueur_;

Grave et réfléchie avec Philippe de Champagne;

Rêveuse avec Poussin;

Lumineuse avec Claude Lorrain;

Fastueuse et vide avec Lebrun, ce décorateur de l'orgueil de Louis