XXXII
Regardez ce premier tableau complet de Robert à côté du tableau de _Corinne_ par Gérard: du premier coup d'oeil vous vous sentez en pleine lumière comme en plein pathétique, comme en plein pittoresque, comme en pleine vérité. Et puisque nous parlons ici de la peinture comme expression d'une littérature qui parle aux yeux, qui impressionne l'âme, qui communique de l'homme à l'homme des images, des sensations, des pensées, voilà une langue du pinceau qui se fait entendre, entendre non pas d'un cercle d'initiés comme la _Corinne_ de Gérard, mais de tout le monde. Gérard parle une langue morte, Robert parle une langue vivante et vulgaire.
Et d'abord remarquez avec quel instinct de la vérité dans les sensations Léopold Robert, dans son _Improvisateur napolitain_, dispose les lieux selon la scène. Que veut-il peindre? L'attention, l'attention concentrée d'un groupe ou deux de personnages au récit populaire chanté par un poëte de la nature. Aussi voyez comme il évite de distraire leurs regards ou les regards des spectateurs par tout luxe surabondant de paysages. Le ciel pour dôme, la mer vide pour fond, un rocher nu pour y asseoir son poëte, quelques pierres roulées du rocher pour y grouper ses auditeurs, voilà tout; les deux éléments de l'imagination et l'infini, le ciel et la mer, se présentent seuls à l'esprit quand on aperçoit ce tableau: l'âme se concentre sur le groupe.