XXVI
Cependant Rienzi, flottant entre le bon sens, la démence et la fureur, avait fait jeter les Colonne et les princes romains dans les cachots du Capitole; puis, après avoir préparé l'échafaud pour eux, il était monté à la tribune des harangues, et il avait demandé dans un discours d'apparat leur grâce au peuple romain; le peuple avait applaudi à la grâce comme au supplice. Les princes délivrés avaient accompagné le tribun comme un triomphateur dans les rues de Rome. Bientôt les princes sortis de prison étaient rentrés dans leurs villes fortes, avaient levé leurs vassaux et marché contre le tribun. Rome était bloquée par ses propres enfants. Le peuple, éveillé de ses rêves, se tournait contre le prétendu libérateur; cependant les cinq princes de la maison des Colonne périrent le même jour dans le premier assaut donné témérairement aux portes de la ville.
Pétrarque écrivit lui-même à Rienzi: «Vous me forcez à rougir de vous; de protecteur des gens de bien vous devenez un chef de brigands! J'accourais vers vous, je change de route.»
Il versa un torrent de larmes sur la mort des jeunes gens de la maison des Colonne; son coeur se retrouva avec sa raison au réveil de ce rêve dissipé par la folie de Rienzi. Il se rendit à Parme, son Vaucluse italien, pleurant à la fois sur la perte de ses amis les Colonne et sur la perte de Rome.
Rienzi, en effet, jetait cette capitale dans sa propre démence; quelques jours après l'assaut où les Colonne avaient péri, il conduisit son fils vers le bourbier rempli d'eau et de sang où le corps du plus jeune de ces princes gisait encore. Il prit cette eau sanglante et fétide dans le creux de sa main, et il en aspergea la tête de son fils en le proclamant chevalier de la Victoire. Une émeute du peuple, fomentée par les derniers des Colonne, souleva la ville et força Rienzi à se réfugier au château Saint-Ange. Il s'évada pendant la nuit et se réfugia auprès du roi de Hongrie. Son corps fut pendu en effigie aux créneaux de la forteresse d'Adrien. Ainsi devait finir cet empire fantastique, s'écria Pétrarque, revenu lui-même de son illusion d'un moment. De ce jour il ne songe plus qu'aux lettres, dont l'empire est éternel, et à l'amour qui ne meurt pas avec la beauté mortelle.