‹ Cours familier de Littérature - Volume 06Chapitre 32 sur 180 · I

I

L'amour de Laure était si réellement la vie intellectuelle et morale de Pétrarque qu'après la disparition de cette étoile de son âme à l'horizon de la terre le grand poëte cessa, pour ainsi dire, de vivre ici-bas pour suivre cette étoile au ciel; son âme, jusque-là légère, mobile, inquiète, quelquefois errante, sembla se revêtir du deuil éternel de Dante après la mort de Béatrice et s'ensevelir vivante dans le sépulcre et dans l'unique pensée de Laure. Ses sonnets deviennent graves et lapidaires comme des inscriptions sur des tombes.

«Maintenant, chante-t-il, que je suis devenu un animal qui ne hante que les forêts, maintenant que d'un pas indécis, solitaire et lassé, je promène un coeur lourd et des regards humides, inclinés vers le sol, dans un monde devenu pour moi aussi vide qu'une cime dépouillée des Alpes, etc.»

«Je vais explorant chaque contrée, chaque place où je la vis autrefois, et toi seule, ô passion qui me tortures! tu viens avec moi et tu me conduis à mon insu où je dois aller.

«Hélas! ce n'est pas elle que j'y trouve, mais ce sont ces saintes traces toutes dirigées vers cette région supérieure qu'elle habite, etc.»

«Et n'importe, s'écrie-t-il dans le sonnet suivant, avec cette intrépidité de l'amour qui préfère sa douleur même à l'oubli:

«Heureux les yeux qui la virent ici-bas!»